Le paradoxe du nuage de lait

La mémoire est une chose paradoxale au même prix que le temps, l’immunité, les schèmes, l’amour et le fromage – entre autres… La récurrence et l’évocation me susurrent qu’il est bon de s’y remettre. Je ne saurai retarder ce qui n’est plus d’actualité, et pourtant voilà qu’il est nécessaire de regarder ses cicatrices comme des symboles non-conventionnels du passage des actions inexistants au temps présent, histoire de m’en rappeler si besoin. Les cicatrices laissent des traces indéniables de ce qui s’est passé, je ne pourrai le nier, mais à force de raconter l’origine de celles-ci je suis tentée de broder d’autres images par dessus. Un iceberg dans le cortex, fil et aiguille en main. Faire des originaux à partir de copies et de projections de réalités décalées, faire peau neuve après l’impact avec la réalité d’autrui, aussi brutale soit-elle, c’est possible, si on laisse couler. Les accidents ponctuent un temps passé à faire ce qu’on avait à faire, poussé par le besoin de continuer, on ne pourra pas dire que c’était le moment. C’est toujours jamais le moment, nous en conviendrons. Le souvenir n’est jamais qu’un double d’un moment éphémère par nature, d’un instant passé, déjà joué, déjà-vu, ou à venir mais que cela ne vous empêche pas de repasser par là.

Moulinez-vous donc dans la mobilité immobile de l’innocence, de la curiosité, de la désillusion, de l’amour, de la tristesse ou de la plénitude des textes, images et musiques proposés

le 18 septembre à 17h par Mill

ce duo apprécié pour ses qualités Ektachromes, sans inversions de valeurs chromatiques, ni sensorielles, qu’on suit depuis qu’il existe et dans différentes formes, faite de souvenirs épars. Pourtant, vidéo à l’appui, je peux dire que mon souvenir de leur travail est percutant et répercutant. Dans la suite logique des paradoxes nourrissants, prenons le temps de fabriquer de nouveaux souvenirs à partir de récup’, de gestes précis et de mots dissous dans un langage en mouvement.

Et le paradoxe du nuage de lait restera entier…

« Rien de plus intemporel, de plus innocent que le fait de réunir des images, des objets, des oeuvres. Rien de plus salutaire que ce geste de conservation de ce qui pourrait disparaître. C’est aussi jouer avec le temps, partir à la recherche d’un temps passé, d’un temps perdu, d’une mémoire cachée, espace voué à la mémoire intime, inconsciente et à la contemplation ». 

Hans Belting – pour une anthropologie des images 

 

A l’heure où le numérique a envahi notre quotidien et nous assaille d’informations et d’images en mouvement, Will arrive comme un contre-point dans ce flux incessant, pour remettre au goût du jour, des «ancêtres» du son et de l’image, et proposer l’adaptation d’une oeuvre littéraire en musique avec de l’image fixe. 

Ce n’est pas une lecture, c’est un concert ayant pour trame une oeuvre littéraire. C’est une adaptation contemporaine qui offre une nouvelle dimension à l’interprétation d’une histoire. Le récit est recomposé par touche impressionniste, dans une mise en espace. « Rien de plus intemporel, de plus innocent que le fait de réunir des images, des objets, des oeuvres. Rien de plus salutaire que ce geste de conservation de ce qui pourrait disparaître. C’est aussi jouer avec le temps, partir à la recherche d’un temps passé, d’un temps perdu, d’une mémoire cachée, espace voué à la mémoire intime, inconsciente et à la contemplation ». 

 

Pour construire la trame visuel de ce concert-fiction le duo Mill a fait le choix de puiser dans des images existantes, des images d’amateurs et de professionnels, des images collectées, des images oubliées qui peuvent se partager ; les diapositives a donc était leur support d’investigation. Au grès de cette collecte, plus de 4000 diapositives ont été récoltées, seulement une centaine ont été retenues pour le projet. 

Pour composer la trame sonore, les musiciens ce sont appuyés sur les sentiments qui traversent l’oeuvre, les états émotionnels et psychiques du personnage (l’innocence, la curiosité, la désillusion, le sentiment amoureux, la tristesse, la plénitude…) 

Le récit de la nouvelle de Stevenson a ainsi été recomposé par les 3 médiums texte – musique – image 

 

Les musiciens qui composent le duo MILL, Delphine Barbut et Florent Pelage ont imaginé ce concert-fiction alors qu’ils étaient à la recherche d’un support pour structurer leur musique, majoritairement instrumentale, sans structure de couplets/refrain, en perpétuelle progression. Ils ont choisi de s’appuyer sur une histoire, celle de Will du moulin, personnage de RL Stevenson. 

L’idée d’une mise en lumière et en image de certaines scènes du livre est venue assez naturellement pour mieux étayer la poésie du texte. 

Un deuxième postulat c’est rapidement imposé à eux : celui de travailler sur un projet en dehors de toutes connexions numériques. Une proposition en résonnance avec le personnage de Will, qui dans ses choix agit à contre-courant. 

Ils ont donc choisi d’opérer avec du matériel et des objets obsolètes. 

“Les voyages faits et les voyages non-faits, sont simplement un prétexte et la matrice d’un voyage sans fatigue ni arrivée, qui réinvente à chaque instant son voyageur et aussi son chemin et son but ” Roberto Juarroz – Quinzième poésie verticale 

Ce concert-fiction s’est inspiré d’un personnage de RL Stevenson, Will, symbole de l’homme dans sa quête de nouveaux espaces, dans son rapport au territoire, à sa condition, à ses limites. Au fil de l’histoire, le personnage devient ce voyageur passif pris en duel entre les notions de mobilité et d’immobilité, et nous mène petit à petit vers son voyage intérieur. 

A l’heure où notre société remet sans cesse en question les notions de mobilité et de consommation, l’histoire traite le sujet de façon intemporelle et atypique. 

Dans un dialogue constant entre son et en image, ce spectacle propose de la musique live dans une ambiance cinématographique, proche des états émotionnels du personnage. Sur scène le duo joue avec de la projection diapositives, en incluant des extraits du texte diffusés sur un magnétophone à bande, des bruitages sur platine vinyle. 

Tea’ser 

Delphine Barbut (guitare/voix/projection) 

Chanteuse et guitariste dans divers formations rock, folk et musiques expérimentales, c’est avec le projet solo Lady Calling que Delphine a mis peu à peu sa musique au service de différents supports artistiques. On la retrouve actuellement aux côtés de la compagnie VIRUS (théâtre de rue) avec qui elle a réalisé des concerts pédagogiques, la compagnie HUMAINE (danse contemporaine) ou à l’occasion de collaboration plus spontanées autour de lectures. Elle a contribué à la création du Cursus musiques actuelles au CRD de la Dordogne, en tant qu’intervenante en guitare électrique et composition. Elle anime avec le Musée du Périgord, des ateliers de médiations (notamment auprès du public de centre sociaux, Ehpad, foyer éducatif…) pour la mise en son/musique d’expositions. 

Florent Pelage (basse/clavier/projection) 

Il a suivi des cours de contrebasse et fréquenté la classe d’électro-acoustique au Conservatoire d’Angoulême, tout en pratiquant la basse électrique. Bassiste au sein de diverses formations, il a notamment oeuvré dans le duo Ciel Gris. Il est également électro-technicien et passionné d’amplification à lampes, ce qui l’amène à créer des prototypes d’amplis ou tous autres appareils agissant sur le travail ou la modulation du son. Des compétences largement exploitées dans ce projet. 

Soundcloud

Bancamp

 Durée : environ 45 minutes 

(Initialement, ce projet a été soutenu et réalisé grâce aux résidences à la Gare Mondiale à Bergerac, à la galerie Verbale le Paradis, au Lycée agricole de Coulounieix-Chamiers, au Centre multi-média de Neuvic s/l’Isle, l’Agence culturelle Dordogne Périgord. )

Une péniche parquée dans la mare

Grand merci aux Amis de Lucie, pour ces moments tragicomiques, au son fluvial qui inspire/expire l’espièglerie et la poésie décalées – des têtards, Olive Oil, des souris en pot, des plans à 3, la pêche à la sirène, l’Olé, des cuit-cuits, des lecteurs de photo-roman et toutes leurs histoires de porridge perdus sur l’Everest… arrivés au bord de la mare des Arceaux dans une péniche imagée et sonore, reparti les yeux, les oreilles et le ventre pleins.

C’est bien agréable de savoir qu’ici on fait encore ce qu’on veut comme on veut – dans un espace temps dont la seule limite est celle qu’on s’impose à soi-même.

Au plaisir de vous recroiser l’esprit ouvert et les sens sens dessus-dessous, comme un dimanche à la papeterie.