Pourquoi cette colère ? L’irritation ? Pourquoi ce retrait et ce silence ? Des qualités attribuées ou des conventions ? Des chuchotements, des rumeurs ? Des cris ? Des peines ? Des phases ? (du vécu/ entendu/ partagé/ récolté – l’indigestion/ l’humour)
Pourquoi ? Peut-être par ce que ça saigne de l’intérieur, sans aucune blessure visible. La force intrinsèque d’une femme réduite à une faiblesse notoire, enfin c’est ce qu’il faudrait croire. Le naturel devient surnaturel, incontrôlable, incompréhensible, dangereux, magique. Et depuis toujours… ça saigne ! Femmes enfermées, propriété privée, hystériques à maitriser – chasser les sorcières qu’elles sont. Des femmes à abattre, à débiter en morceaux. Tronquer leurs corps en petits bouts digestes, à l’échelle des grandes gueules des petits hommes qui, plaignons-les, ne peuvent pas autant saigner sans en mourir. Donner la vie et la perdre, gagner en étant perdue… je ne savais qu’il fallait gagner, trop occupée pour y penser.
Naviguer entre les paradoxes. Ces déformations et distorsions de soi, de l’image de soi – celles d’être réduite à un corps qui est vu, pris, admiré, utilisé, exploité, placé à distance. Toutes ces projections corporelles inconscientes et construites à travers l’art, l’image – ces images qui abondent, débordent, dégoulinent, construites à travers ces regards qui ont envie de toucher, mais qui ne peuvent que se blottir dans les limites de l’entendu – avec tous leurs sous-entendus. La Constance. Les stéréotypes ont la peau dure et fracassent l’Être. S’insinuent, pénètrent l’esprit et font rager, hurler en silence, le sourire aux lèvres. Toujours un sourire aux lèvres! Faut bien nous flatter pour garder la main – sur nos corps… ce qu’il y dedans n’a pas d’importance si on croit ce qui est dit et répété. Le besoin d’émancipation et de libération est évident mais incompatible. Le conditionnement social bancal ne le permet pas – sauf si on souhaite se faire arracher la tête. Si on retire la partie la plus importante du corps, il reste quoi? Des corps tronqués… des statues antiques qui peuplent les réserves de musées, des réserves de corps, pas de bras pour se défendre, pas de tête pour répondre, au départ pour des raisons pragmatiques, le transport et l’économie du geste, que peu connaissent, sacrée symbolique avec le temps. Des mauvaises habitudes. C’est lourd ! Tout ce poids à porter à bout de bras quand on en a pas – écraser les idées, arracher les ailes, être vues sans être entendues, équilibristes entrainées. Pas de visage derrière cette violence indélicate.
Et toutes ces dentelles méticuleusement fabriquées, pour occuper les mains et distraire l’esprit trop curieux de ces jeunes filles frivoles et obliques, ces vieilles ménopausées, les mettre à l’écart – faire disparaître les tâches et rentabiliser la sagesse jusqu’à la fin, maintenant qu’elles ne servent à rien, qu’elles sont invisibles et que vous êtes enfin tranquilles. Non, non c’est pas terminé, tricotez et taisez-vous… Imprégnez-vous du savoir ancestral, soyez vigilantes, une tête est vite perdue ! Mais à quoi servent-elles ces dentelles? À distraire, à plaire, à masquer, à dénuder avec élégance, à mettre en évidence le désir unilatéral, être désirables est désirable – un autre moyen de maintenir l’autorité, faire du corps un écran sur lequel projeter des envies et des plaisirs à sens unique. À quel prix? Monnayer le corps, monnayer l’esprit. Garder ce corps dans l’inconfort, talons aiguilles et décolletés de préférence – museler, contraindre encore et encore – trop concentrée sur l’équilibre précaire, pas le temps de penser.
Ne vous plaignez pas! La porte est ouverte entrez donc. Mais il n’y a pas d’endroit où se poser, toutes les places sont prises. Repassez ! C’est un malentendu évident et cette confusion, ce malaise… l’embarras !
Des injonctions, violence, force, besoins… Des injonctions, parlons-en… non ça serait trop long. Parler de celles, ces femmes, qui les ont refusés serait tout aussi épuisant tellement c’est long et laid et insupportable et injuste et juste pas entendable pour ces fines bouches qui préfèrent la dentelle… Tu rentres pas dans la case ? On t’éjecte, te rejette dans le meilleur des cas, sinon vas te défendre en permanence de tes choix, au choix ! T’en dis quoi ? Tu coches, tu coches pas ?!? 5mn pour répondre. Violence ? Celui du ressenti qui tâche les mots, cette sensualité des gestes déchainés, qui dénonce le refus d’une soumission, qui attire de toutes façons quelques rires convenus. “…pauvre petite, en grandissant, elle aura moins de mal à lâcher ses idéaux!” En attendant brode donc ces linges blancs de fils fins sans fin. Force ?! Celle que la société souhaite inerte, passive, bonne à maintenir l’équilibre autour de soi, pas en soi. “…entretiens le lien ! Tu t’occuperas de toi plus tard!” Attends le bon moment, attends ! Besoins ?!? Calqués sur des stéréotypes, des archétypes pensés par ces types derrière un bureau à l’abri des tâches et des regards? Ils pondent plus qu’elles, surtout des idées pour nous contrarier, nous classer, nous déclasser avec classe, mais comme « eux » ils savent, que dire ? Des stéréotypes qui bougent et qui changent depuis peu, notons-le, mais qui restent tellement enracinés, qu’il est compliqué de s’en défaire sans y laisser tout son salaire à une psychanalyste bien intentionnée! “Prends soin de toi!” mais quand tu auras terminé tes tâches…
Et tout ça en même temps! Quelle force de gestion, d’organisation, de gestation, de digestion. L’insidieuse réflexion du corps, de nos corps, un piège ! De quoi être déstabilisées! C’est voulu ? Vénérées pour ce qu’on représente, respectées pour notre courage. Intrépide? Audacieuse? Insoumise? Battante? Mais oui, bien sûr! je le serais et le suis. Mais de la douceur c’est possible!? Sans être placée dans un écrin étouffant! L’écrin de fibres douces qui étranglent toute réaction. Des éloges pour soulager la peine. Bafouées, moquées dans presque toutes les situations, paroles tournées en dérision. Humiliée mais honorée – d’être rabaissée par de si grandes voix. Merci, c’est gentil de nous prendre en considération. Blessée intellectuellement, physiquement, émotionnellement… et là aucune trace de sang, malgré la blessure béante du sexisme ordinaire, dur à combattre, parce que difficile à identifier. Sans trace visible.
Conventions et décalages. La camisole de froufrous, des marques sur la peau, pas de caresse juste des marques rouges sur une peau douce, tendre, tellement tendre et juteuse, un régal avec un corsage bien pensé, maîtrisé depuis longtemps. Limites invisibles, mentales, tout est dans les mots et la façon de les dire, écrire d’une cicatrice à l’autre, liées par ce qui n’est pas là, pas nommé, bientôt plus de place sur ces corps abattus par des paroles tranchantes, mais savantes, le piège des miroirs. Explosion cérébrale, implosion émotionnelle. Ne rien dire. « Libérez-vous ! » – mais sans faire de vagues… ce que vous savez, il faut l’effacer. Chute !
Comment trouver une voie/voix sans tête et avec toutes les restreintes – le silence des musées qui exposent en silence. Surtout ne rien dire, ça pourrait gêner ou mettre mal à l’aise, un peu de tenue en petite tenue, soyez sages! Mais pas trop. Soyez belles mais pas trop. Soyez intelligentes mais surtout taisez-vous! Circulez rien à voir, que des corps dociles qui explosent et exposent vos regards. Séduction, sexualité, maternité, transmission… tout est mélangé, calculé, établi. Tout est une seule et même chose : la condition acceptée du corps des femmes. La parole désincarnée. Le plaisir détourné. Des femmes tronquées… mais l’intelligence du corps, ça s’écoute, cette machine incroyable, un lien entre la théorie et la pratique, entre le mental et la posture, l’esprit et la physique, cette intelligence sensorielle qui me dit qu’il est encore et encore et encore temps de changer de paradigme. Le modèle à bougé, faut reprendre la pause, la posture, l’imposture. Peu importe ce qu’il en sortira? « Faire et défaire, c’est toujours faire », c’est toujours avancer, creuser, laisser une trace, une vraie, rendre visible ce qui manque, ce qui est tronqué. Délacer doucement le carcan. Entraver les perceptions.
Il reste quoi de tous ces morceaux. L’essentiel peut être, une chose que personne ne voit, que chaque personne cache de son mieux à l’intérieur des différents morceaux de corps éclaté : l’amour ! L’amour qu’on se porte, qu’on porte en soi, qu’on reçoit, qu’on donne, qu’on cache dans des cris, des creux, des plis – qui se trouve aussi, et c’est complexe, dans le regard.
Cet amour qui touche, tellement fort qu’il est muselé, censuré, logé au même titre que la pornographie honteuse mais tellement rentable, cet amour… philanthropie déguisée. Et cet amour rutilant, éclatant, qui donne le courage de résister en silence, cet amour qui tranche et qui débite, mais qui nous appartient et donne envie de regarder dedans. Surtout ne dites rien, ça pourrait créer un trouble ou pire, une érection, bien plus visible que tout ce sang. Malaise ! Évitons ! Ils ne s’en remettraient pas. Crise cardiaque, l’organe central défaillant, crise de panique général… évitons cela. Pourtant il faudra bien cracher ces mots, ses images avant de s’en rendre malades. Les coucher pour mieux les comprendre et pas que dans des draps de soie et du linge brodé, ni dans des dentelles frivoles. Marre d’attendre le bon moment pour simplement dire ce qui était et est. Voilà qui est fait.
Haïkus de la série de gravures, monotypes et broderies:
Distorsions de soi/ Aucune blessure visible/ Tronquer un corps nu
Projections de soi/ Réflexion insidieuse/ Sourire aux lèvres
La force inerte/ Injonctions décomposées/ Conditionnement
Le social bancal/ Relâcher ses idéaux/ Sagesse sensuelle
Écrin de douceur/ Y étouffer en silence/ Vénérée, humiliée
Tourner en dérision/ Pas de marques du sang vif/ Mots décapités
Amour qui tranche/ Parole désincarnée/ Morceau de femme
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Cette série a commencé l’été 2025 : après de nombreux textes (dont celui d’au-dessus est un résumé) les images gravées sont nées après une séance photo pour voir où en est mon corps et comment il exprime ce que j’ai écrit – lino, encre, dentelles, imprimées en septembre 2025, broderies à main levée sur machine à coudre manuelle, réalisées en octobre 2025 – des circonstances uniques ont fait évoluer le travail et les textes… et moi aussi, certainement?
Malgré la violence des textes et des images, je compte sur, et y vois, la poésie et l’humour nécessaires, tout dépend d’où on regarde, d’où à l’intérieur de soi on voit, ces images de corps et comment il peut se défendre, comment nos pratiques sont imbibées des mots qui courent sur le papier, mots entendus, tendus, vécus, lus et relu sous d’autres formes. Mais toujours cette violence délicate qui relie les fils entre eux. Cette série est limitée, peut être deviendra-t-elle autre chose… texte original et œuvres originales de Laura Leeson.
Gravure lino, monotype de dentelle, encre noire et doré, gravures brodées à main levée (cadre à deux côtés). Haïku. Originalement prévu pour être une suite de gestes et de mots, le Leporello est le premier travail, arrive après les gravures « uniques » et les broderies.
Papier Khadi, chiffon de coton, 400gr et 320gr
Leporellos, 3 exemplaires uniques, 200cm/ 36cm, série complète des gravures,
Gravures Brodées, 8 images uniques 41/32 cm (cadre 2 faces sur mesure compris),
Gravure monotypes, série unique, 41/32cm (cadre compris)
(+ épreuves d’atelier et collages issus du travail, sur demande)










Au-delà du plaisir de la danse et du mouvement, le tango initie un chemin parfait vers une connaissance approfondie de soi-même et de son rapport à l’autre.





















